Tapis de Tradition               TRAD

         


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2) L'hypothèse symbolique et décorative

Pour les tenants de la seconde théorie de l’apparition du tapis, celui-ci aurait fait son apparition toujours à une époque primitive, dans les sociétés déjà sédentaires, qui utilisaient le métier vertical, donc fixe et plus encombrant.

Son introduction aurait répondu dans ce cas à une démarche esthétique, celle de décorer des espaces d’habitation désormais stables.

Ce n’est que plus tard que les populations nomades auraient adopté la nouvelle technique, réalisant toutefois un produit plus grossier, en adaptant à leur mode de vie itinérant. les métiers verticaux devenant horizontaux,
La découverte du tapis de Pazyrzyk. (Voir aussi Lettre Mensuelle n°11)
Voici un élément déterminant qui va dans le sens de cette seconde théorie :
Les origines du tapis à points noués sont restés longtemps imprécises, faute de traces matérielles réelles jusqu’à ce que deux  archéologues russes, Rudenko et Griaznov, découvrent en Sibérie , en 1949,  dans la chaîne de montagnes de l’Altaï, des tumulus servant de sépultures aux chefs scythes, dans la vallée de Pazyryk.
Parmi ces biens : des textiles, donc vieux de 2500 ans,  et parmi ceux-ci,  un extraordinaire tapis de laine à points noués, au velours court, mesurant 1,83m sur 1,98 m avec une densité de 3600 nœuds du dm², qui est actuellement conservé au musée de l’Ermitage à Saint Pétersbourg.
Ce tapis de Pazyryk est non seulement le plus ancien tapis retrouvé entièrement conservé, c’est aussi un spécimen surprenant par son incroyable raffinement, son élégance et l’harmonie de couleurs et des dessins. Il prouve qu’il y a 2500 ans, quelques manufactures étaient capables de fabriquer des tapis de très haute qualité.
Son organisation:  Elle est déjà celle qui existe encore actuellement : un champ entouré de bordures. Les 24 rosettes du centre du tapis, en damier, peuvent être un symbole solaire, mais ce motif cruciforme formé de quatre boutons de fleurs et de quatre feuilles peut aussi être une sorte de préfiguration de la «  croix de lumière » qui sera utilisée par les Phrygiens.
Les bordures du tapis de Pazyryk:
Cinq bordures encadrent le champ.
La première et la dernière bordure sont composées de griffons ailés, le griffon, dans beaucoup de mythologies est le gardien mythique du sommeil des morts.
La deuxième bordure importante, située  près du champ est composée d’une suite de grands cerfs, marchant à l’inverse des cavaliers de la 4è bordure, à six par côté.
Incarnation des défunts dans la tradition funéraire scythe, ils tiennent la tête baissée, formant une lente et majestueuse procession
La bordure suivante représente une frise de 28 chevaux, les uns montés, les autres tenus en bride par leur cavalier. Selon l’archéologue soviétique, cette frise présente des analogies avec des bas-reliefs de la Perse, comme celui de Persépolis, long de 110 mètres, qui représente les différentes délégations des pays soumis, apportant leur tribu à Xerxès.
Les envoyés de la délégation scythe du bas relief tiennent les rênes de leurs chevaux et portent la même coiffure ( cheveux noués sous le menton), la même longue barbe, le même capuchon pointu, le même pantalon moulant, la même tunique serrée par une ceinture ou pend une épée dans son fourreau que les cavaliers du tapis de Pazyryk.
Les chevaux des steppes, petits et trapus, la tête couronnée d’une sorte de plumet, la queue nouée, portant une couverture de selle à motifs de branches sinueuses recourbées, ressemblent également beaucoup à ceux du tapis de Pazyryk.
Pourquoi ce tapis nous est-il parvenu?
Peu après les funérailles du chef scythe, entre le IVè et le IIIè siècle av J.C., le tombeau a été ouvert et pillé et, pendant l’été, l’eau de la fonte des neiges s’est infiltrée dans le tombeau resté ouvert. Les hivers rigoureux de Sibérie ont transformé l’eau en glace qui  a enveloppé et protégé tous les objets précieux  encore réunis dans le tombeau.(draps de feutre, bottes en cuir, harnachements de chevaux)

Les symboles des motifs du tapis de Pazyryk:
La tradition voulait que l’on enterre les princes avec tous leurs biens, leurs femmes, leurs chevaux afin qu’ils veillent sur le mort et le protègent dans sa vie future.
L’explication de ces symboles nous est fournie par Hérodote, qui narre avec force détails le déroulement des cérémonies funèbres chez les Scythes.
Le roi était embaumé et placé sur un char, puis porté durant quarante jours auprès de toutes les tribus installées sur son territoire afin qu’elles puissent lui rendre hommage.
La dépouille était ensuite déposé dans sa sépulture avec celle de l’épouse du défunt. La tombe était alors remplie d’objets précieux, de couvertures et de tapis, refermée et recouverte de terre.
La symbolique du tapis de Pazyryk fait référence à ce qui se passait un an après ce premier rite funéraire ; cinquante cavaliers parmi les plus valeureux étaient égorgés et disposé tout autour de la tombe après avoir longtemps défilé durant la cérémonie.
Il s’agissait à la fois d’assurer le repos éternel du roi et de lui conférer une royale autorité au-delà de la mort.
Un autre historien, Gantzhorn pense que cette délégation du bas relief de Persépolis n’est pas scythe mais arménienne, et que ce tapis a été noué dans le Caucase.

Mais après le tapis de Pazyryk, on n’a presque plus aucune  trace matérielle de tapis pendant plus de 1700 ans.